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"Je veux porter la voix des femmes iraniennes car elles sont inaudibles dénonce Nasim Eshq

Updated: May 24, 2023

L'Iranienne de 40 ans, en exil en Europe depuis 2022, a ouvert de nombreuses voies d'escalade dans le monde, et utilise son statut pour alerter sur la situation dans son pays.


Nasim Eshqi, athlète professionnelle d'escalade en action dans le film "Climbing Iran", qui sort le 8 mars sur france.tv. (CLIMBING IRAN)



Grimper pour sa liberté, et celle du peuple iranien. À 40 ans, Nasim Eshqi est la seule escaladeuse professionnelle iranienne à avoir ouvert des voies d'escalade et développé la pratique dans son pays. Après s'être prise d'affection pour les falaises à 23 ans, elle utilise désormais sa visibilité pour mettre en lumière les combats pour la liberté dans son pays.


Franceinfo: sport : comment êtes-vous entrée dans le monde de l’escalade ?

Nasim Eshqi : je faisais du kickboxing en Iran, j'ai arrêté, car pour faire des compétitions à l’étranger, j'aurais dû me couvrir la tête, et je ne voulais pas faire la promotion du régime. J'ai découvert l’escalade à l'âge de 23 ans, j’en suis tombée amoureuse parce que c’est en extérieur, avec beaucoup de liberté. J’ai pu progresser vite, voyager, ouvrir de nouvelles voies, et protester sans me couvrir du hijab sur mes photos, ce qui est très risqué en Iran.


Que ressentez-vous lorsque vous faites de l’escalade ?

L’escalade est la traduction absolue de la liberté et de l'égalité, il n’y a pas de genre ou de passeport qui décide pour toi. J’ai vraiment ressenti que je pouvais être moi-même. Ce n’est pas un sport statique : la seule règle est de ne pas mourir. Tu décides qui tu veux être, et comment tu veux grimper : avec des mouvements parfaits, ou juste atteindre le sommet, peu importe la manière. La pierre est le meilleur professeur si tu comprends ce qu'elle veut te dire. Tu mets ta concentration dans la compréhension de ton corps et de tes mouvements, et tu obtiens le meilleur de ce que tu peux faire.


Le film de Francesca Borghetti, Climbing Iran :



Nasim Eshqi, athlète professionnelle d'escalade, dans le film "Climbing Iran", qui raconte son parcours. (CLIMBING IRAN)


Combien de voies avez-vous ouvertes jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai ouvert plus d’une centaine de voies, principalement en Iran, mais aussi en Turquie, Arménie, Inde, Géorgie, en Europe. Avec des amis, j’ai développé en Iran quatre ou cinq spots d’escalade où aucune route n’avait été ouverte. Désormais, les gens du village peuvent s’essayer à l’escalade.

Mais ça ne m’intéresse pas d’ouvrir une route juste pour mettre mon nom. Si je grimpe seule juste pour les résultats, sans partager, pour moi ça n'a pas de sens. J’aime ouvrir de nouvelles voies pour moi, mais aussi pour les autres. Je suis la seule femme qui le fasse professionnellement, c'est important pour moi de donner des cours et transmettre mon expérience à la jeune génération.


L'alpiniste iranienne Nasim Eshqi a ouvert de nombreuses voies d'escalade dans le monde. (CLIMBING IRAN)


Pourquoi avoir fait le choix de ne pas revenir en Iran depuis 2022 ?

Je n’ai jamais voulu quitter mon pays, j’étais très heureuse de me sentir utile, développer l’escalade dans mon coin avec les nouvelles méthodes, hors de la fédération. En 2022, j'étais à Chamonix lorsqu’ils ont tué Mahsa Ahmini. À ce moment-là, mon visa était presque expiré. J’ai décidé de ne pas y retourner. Je voyais beaucoup d’acteurs et réalisateurs en prison, et j’étais sûre que j’y aurais été aussi. Retourner en Iran, c'était du suicide.

Être à l'étranger, avoir une plateforme internationale, c’était la meilleure chose à faire pour être la voix des femmes iraniennes. Ils ont peur des femmes, et surtout de celles qui ont une visibilité. Internet est bloqué en Iran, je veux porter la voix des femmes iraniennes, car elles sont inaudibles.


La révolte qui a suivi la mort de Mahsa Amini peut-elle avoir un impact durable dans la lutte pour les droits des femmes en Iran ?

La mort de Mahsa Amini est le souffle qui a révélé le feu, et maintenant, il est impossible de l’éteindre. Les gens ne retourneront plus à la situation d’avant, ils sont contents de mourir pour ça. Les femmes vont défier la police et lui disent : "Si tu veux prendre ma liberté, tu devras me tuer !" C’est pour ça que c’est déjà un succès, il y a aussi des manifestations en dehors d’Iran : à Munich, Paris...

Dans chaque pays, la diaspora iranienne proteste pour demander un Iran libre. Nous demandons à ce que les pays occidentaux arrêtent de soutenir la république islamique. En février, l'ambassadrice suisse, couverte d'un hijab, est venue signer un contrat pour de l’argent, exactement au moment où le régime violait et tuait des étudiantes. Arrêtez de supporter le régime, nous allons le faire partir !

Vous dites dans le documentaire que "l'Iran a fait de vous qui vous étiez", est-ce difficile de trouver son identité en tant que femme iranienne en exil ?

L’Iran a fait qui je suis, pas la République Islamique d’Iran, pas ce régime conservateur qui met de l’acide dans la tête des filles, qui empoisonne des étudiantes, qui viole des enfants. Mais vivre dans ce pays, avec cette culture, en luttant contre les traditions, le régime, essayer d’être qui je suis au milieu de ces obstacles, m’a fait devenir qui je suis. Bien sûr que j’aime mon pays, c’est ma culture, ma nostalgie. C’est impossible de dire que je ne l'aime plus, mais je veux qu'il soit libre. Les révolutionnaires de 1979 voulaient la liberté, pas ce régime islamique. Mais les ayatollahs ont volé la révolution populaire.

Nasim Eshqi, ahtlète professionnelle d'escalade, ici à Téhéran dans le film "Climbing Iran", qui raconte son parcours. (CLIMBING IRAN)



En octobre dernier, une athlète iranienne d’escalade, Elnaz Rekabi, est apparue sans voile à une compétition puis disparu quelques jours, comment avez-vous perçu cette action ?

Je préfère ne pas parler d'elle, elle faisait partie de la propagande, car à cette époque, toute une école de jeunes filles entre 11 et 15 ans a été arrêtée. Ils les ont violées, puis les ont remises en morceaux aux parents. Au même moment, le régime islamique a mis le feu à la prison "Evin", où il y avait beaucoup d'activistes politiques. Ils les ont tués et abattus dans la prison. Pour couvrir ce crime et manipuler les informations occidentales, ils utilisent ce genre des personnes comme elle a pour couvrir l'actualité. Ce sont des cyberattaques dans les médias.

Cette athlète s'entraîne maintenant en Iran et d'autres filles sont arrêtées dans cette prison. Une action de cinq minutes pour manipuler les nouvelles, ce n'est pas du tout une protestation. Aujourd'hui, nous devons parler de ces filles empoisonnées. Le régime islamique ne peut plus tricher et cacher la vérité. Que peuvent-ils faire pour empêcher les jeunes filles d'aller à l'école et de s'éduquer ? Car c'est l'éducation qui apporte la révolution.

Quels sont les prochains enjeux pour la lutte pour les droits des femmes et la liberté en Iran ?

C’est impossible d’être silencieux en tant qu'athlète sans frontières. L'unité, c’est ce que le gouvernement craint. Ça va prendre du temps, car beaucoup ont encore peur, mais ça arrivera, d’une manière ou d’une autre. Je me battrai aux côtés des Iraniens, car nous ne devons pas rester silencieux. Nous pouvons perdre, mais nous ne pouvons pas nous taire.

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